Anne Dejaifve & Nicolas Biéva
A la Galerie Juvénal
Du samedi 13 décembre 2025 au dimanche 18 janvier 2026
Vernissage le vendredi 12 décembre 2025 à 18h30
Dans Hétérotopies, Anne Dejaifve et Nicolas Biéva proposent deux façons, différentes mais complémentaires, d’explorer ces espaces « autres » au sens que l’étymologie nous indique. Petite digression utile : Foucault parle de lieux d’utopie, à la fois réels et ambivalents, fragiles et marginaux, qui révèlent aussi notre société et ses exclusions comme ses inclusions. C’est ce cadre qui sert ici, finement, d’élan.
Avec Anne Dejaifve, la procession devient une scène critique. Présentée comme une suite de bannières colorées qui se déplient et par lesquelles on marche, elle oscille entre manifestation et rituel. Au recto figurent des symboles détournés et festifs, qui tournent en dérision les désordres actuels. Au verso, des listes, chiffres et références plus brutaux, rappelant le coût humain de ces dérives. Suspendues dans l’espace, ces bannières transforment le spectateur en participant, même involontaire, et l’installation se traverse, se lit, se ressent. Des figures de plomb, esquisses et dessins, lourds et muets, ponctuent l’espace comme des âmes en quête d’invisible. Elles signalent ces hétérotopies où l’imaginaire peut devenir refuge, marge ou mirage. En outre, Anne Dejaifve remet en question le statut de l’image, abandonnant le toile au profit de supports plus fragiles, de gestes plus directs. La peinture devient volume, parcours et dénonciation, tout en revenant, par touches, à des symboles anciens ou à des figures archétypales — telles celles du Tarot, où se relit le présent et où se médite l’avenir.
En parallèle, Nicolas Biéva trace une sorte d’hétérotopie numérique. Le navigateur devient son atelier mobile, son terrain d’exploration et de fabrication. Ses images naissent de protocoles contraints, d’empilements et de manipulations quasi mécaniques. Elles questionnent nos habitudes de navigation, nos gestes inconscients et la façon dont les technologies nous façonnent autant que nous les façonnons. Entre regard humain et vision-machine, entre capture et création, entre automatisation et sensibilité, ses travaux montrent la friction entre nos émotions, nos aspirations, et la dictature du numérique.
Par le dialogue entre tangible et virtuel, textile et pixel, mémoire et flux, Hétérotopies parle d’espaces où les règles changent, où les symboles s’inversent, et où l’art détourne et interroge. C’est un voyage entre des mondes instables mais bien réels : ceux que nous vivons, ceux que nous rêvons, et parfois ceux que nous refusons de voir.