Prix de la Fondation Bolly-Charlier 2018 - Exposition

Exposition
Date: samedi 5 mai 2018 14:00 - dimanche 3 juin 2018 18:00

Lieu: Espace Saint-Mengold - Place Verte - 4500 Huy

Variée dans les approches, diversifiée dans les moyens d’expression, surprenante ou émouvante dans la forme ou le propos, incontestablement riche et de qualité… La cuvée 2018 du Prix triennal de la Fondation Bolly-Charlier — créé par Jenny Bolly dans le cadre de la Fondation qu’elle initia en 1979, et treizième du nom depuis lors — saura, gageons-en, satisfaire la curiosité des amateurs éclairés autant que celle des promeneurs occasionnels. Proposées dans l’église désacralisée de Saint-Mengold en raison des travaux qui mobilisent la galerie Juvénal, la sélection et l’exposition qui en découle livrent un panorama appréciable de la création actuelle, faisant la part belle aux installations ou propositions conçues spécialement pour le Prix (voire pour le lieu), à un art exigeant mais toujours accessible, à diverses formes d’engagement vis-à-vis de la société, ou de questions liées tantôt à l’actualité, tantôt à l’intimité — ou comment douze artistes, ici retenus, questionnent l’art tout en nous parlant du monde..

Les artistes : Caroline Bicheroux, Laurence Dervaux, Emmanuel Dundic, Cathy Coëz, Benoît Félix, Jean-Pierre Husquinet, Matthieu Litt, Emilio Lopez-Menchero, Tanja Mosblech, Dani Tambour, Bruno Vande Graaf, Romain Van Wissen.

Vernissage le vendredi 4 mai à 18h30
Exposition accessible les mercredis, vendredis, samedis et dimanches de 14 à 18h.
Entrée libre. 

La Fondation Bolly-Charlier est une fondation d'utilité publique créée en 1979 par Jenny Bolly-Charlier, artiste et philanthrope. Elle a pour but la promotion des arts à Huy et dans la région. Elle organise des expositions à la Galerie Juvénal (ou à l'Espace Saint-Mengold), place Verte, à Huy et attribue, tous les trois ans, un Prix de Peinture d'un montant de 5000 €. Le jury du Prix Bolly-Charlier est composé de l'ensemble du comité de sélection et d'intervenants extérieurs, variant d'une édition à l'autre. Chaque membre propose plusieurs artistes. Cette année, le jury a attribué le Prix de la Fondation Bolly Charlier à Emmanuel Dundic

 

TOUR D'EXPOSITION...

Photos : Elodie Ledure - Textes : Emmanuel d'Autreppe

 

Caroline Bicheroux

Née en 1981, membre du Comptoir des ressources créatives à Liège, vivant et travaillant à Seraing, Caroline Bicheroux progresse discrètement dans une démarche de recherche personnelle et plastique singulière, loin du spectaculaire, de la séduction, de la futilité. « Ce qui m'occupe dans mon travail de peinture est de "révéler" (mettre en lumière, divulguer ce qu'on ne connaît pas, comme le principe du développement photographique, par exemple) ce que je perçois, à l'intérieur, du monde extérieur. La manière dont il agit sur moi (ou la manière dont j'accepte qu'il agisse sur moi). La façon de nous influencer l'un et l'autre. C'est aussi une façon d'apprendre à me (re)connaitre, une promenade sans but précis, si ce n'est d'ouvrir mes cinq sens et ensuite de faire exister une seconde fois, par la matière, ce que j'ai perçu. »

Apparentée à une forme d’intimisme, sans qu’on puisse la ramener à une « école » constituée ou à une esthétique institutionnalisée quelconque, Caroline Bicheroux présente ici trois petites huiles sur toile, extraites de la série « Le chemin », dont elle définit le propos selon des intentions, en apparence, simples: « Écouter mais ne pas trop chercher à savoir / Effacer les pas d'avant / Ne plus regarder mais faire partie / Dedans ou à côté / Se laisser surprendre / S’apercevoir qu'au bout on n'a pas fini / C’est un retour au pays natal. » 

Teintées de poésie et d’émotion, ses petites peintures nous invitent à plonger en nous-même comme dans ce paysage familier, en quête de petites sensations, de brèves révélations…

 

Cathy Coëz 

« Cathy Coëz fait partie d'une génération d'artistes qui bouscule la céramique belge contemporaine. Formée à la fin des années 1980 à l'Académie de Versailles, à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts et à l'Ecole nationale supérieure des Arts Visuels de La Cambre, l'artiste présente une œuvre plurielle. Diplômée en sérigraphie, Coëz affectionne les proportions souples et précises, les couleurs et les nuances de matières. Intriguée par les formes géométriques, elle réduit ses volumes à l'essentiel pour aboutir à un langage puissant qui questionne l'individu sur ses facultés de perception. Amenée à la céramique en 2007, Cathy Coëz sonde la matière pour offrir une pluralité d'œuvres qui, par différents chemins, répondent à la dualité abstraction-figuration. (…) De la sérigraphie à la sculpture, elle fait de l’expérimentation l’élément central de son  œuvre. Intéressée par le travail du bronze et du verre, elle évolue pour aboutir à un médium qui devient le sien : la céramique. Exposée internationalement, elle explore toutes les possibilités de l’argile à travers la diversité de ses approches artistiques et la quête de l’inconnu. » (Anthony Spiegeler) 

D’origine française (elle est née à Grenoble en 1968) mais installée à Bruxelles depuis de nombreuses années, Cathy Coëz divise ses  œuvres, volontiers sérielles, méticuleuses, répétitives, selon qu’elles sont consacrées « à la guerre » ou « à la paix »: c’est dire leur portée symbolique ou leur dimension allégorique. « The Twilight Zone », travail récent qu’elle propose dans la cadre du Prix de la Fondation Bolly-Charlier, file la métaphore des références, des hommages détournés, questionnant le statut paradoxal de la « mise en statue » et l’ambiguïté de notre idolâtrie; ces pièces semblent ainsi passer l’horreur au crible de la beauté ou de la préciosité, les apparences au filtre de la responsabilité, et l’icône (fût-elle sanglante), à celui d’une séduction dérisoire. Objets de culte ou simples rouages à consommer? Décideurs, ou marchandise manipulée? Sombres tyrans, ou trop jolies poupées? Monstrueux hybrides pour insolubles questions — un peu comme d’envisager la paix sans la guerre, ou la guerre sans la paix.

 

Laurence Dervaux 

« Laurence Dervaux se passionne pour des matériaux élémentaires prélevés dans une banalité quotidienne. Ainsi, elle met en situation et transmute des éléments dits « pauvres » tels que savon, sucre, ongles, graines, ossements, farine… en un agencement esthétique de formes sobres et attrayantes. Ses sculptures et objets offrent au regard une vision esthétique maximale avant de dévoiler, dans une relation de proximité, une minimalité de moyens. A l’origine, la rencontre se construit donc sur l’apparence séduisante de ses agencements sculpturaux. Puis, vient l’identification des matières et, de glissements en interprétations, l’incertitude s’insinue. (…). Au moyen de divers jeux de miroirs séducteurs, elle pratique l’art de rendre vrai le faux ou de rendre faux le vrai. A l’occasion de chaque exposition, Laurence Dervaux propose une nouvelle mise en circulation de ses œuvres. Elle met en place des possibilités de relations complices et induit une mouvance entre ses thèmes de prédilection : l’abondance/le vide, la mort/la vie… Cette oscillation spatiale se construit en résonance avec le basculement propre à la vision de chaque travail… » (Texte repris sur le site de l’artiste, d’après un article de Bénédicte Merland dans« Flux News », 2002). 

Née en 1962 et installée dans le Tournaisis, l’artiste propose, dans le cadre du Prix de la fondation Bolly-Charlier 2018, une série de « Crânes recouverts de plusieurs couches de terre noire, blanche, rouge et jaune symbolisant les différentes couleurs de peau humaine »; les sculptures, au nombre de 15, sont présentées sur des socles plaçant les crânes à la hauteur du visage des visiteurs. « Selon le nombre de couches de terre sous lesquelles est enfoui le crâne, la présence de ce dernier est plus ou moins suggérée. Certains crânes deviennent des formes abstraites presque ovoïdales ou ressemblant à des mottes de terre. D’autres laissent apparaître des parties aux allures de visage humain. Naturellement la terre se fissure, craque mais par endroits elle est travaillée, lissée, polie pour supprimer ces craquelures. Comme pour lutter contre cette évocation inévitable de la sécheresse et donc de la terre qui redevient poussière… »

 

Emmanuel Dundic 

Cachant mal ses blessures — et ne cherchant d’ailleurs pas vraiment à les cacher —, émouvant sous ses dehors de non-sens et de dérision, le travail d’Emmanuel Dundic est empreint de drame, de silence évoquant l’exil intérieur, le poids d’une mélancolie. Peintre de formation, il a troqué voici beau temps la palette et le chevalet contre d’autres ustensiles (appareil photo et trépied d’abord, mais aussi bien scie, foreuse ou tubes de colle) pour produire des objets et un langage hybrides, au service de messages et de points de vue forts sur l’histoire, le monde (le monde environnant ou le monde intérieur), la difficulté de vivre ou les contradictions du monde de l’art… La technique l’intéresse de toute façon assez peu; seuls, de son point de vue de plasticien, les langages le mobilisent: mises en scène poético-pharmaceutiques, injonctions para-philosophiques, épitaphes pince-sans-rire, aphorismes bancals… 

L’artiste, né en 1969, vivant et travaillant à Liège, et lauréat du prix de la création 2016, écrit souvent des dialogues courts qui n’en sont pas (affirmation, question, échappatoire), donnant parfois lieu à une mise en image sous forme de photographies détournées de leur objet, ou d'objets créés en fonction des contingences ou de hasards. Tout chez lui est « prétexte à jeux de mots, anagrammes, filtrages, prophéties, traitements. Toutes ces phrases sont à tiroirs multiples, parfois évidentes, souvent hermétiques. La forme de présentation de ses textes est variable : édition, projection, distribution… Une de ses voix formelles privilégiées est la production de Blocs (MDF imprimés, dont chaque surface est recouverte de résine translucide et mate qui leur donne l’aspect précieux de la pierre ou de bonbons glacés) », ou encore de petites stèles ou autres monuments dérisoires — comme ici, cet étonnant et imposant ex-voto composite, veau d’or de procession produit à l’occasion d’une résidence aux Ravi (résidences d’artiste à Liège) et rarement, depuis lors, montré dans un contexte aussi adéquat que celui d’une église désacralisée…

 

Benoît Félix 

Benoît Félix considère l’image comme une relation : un « jeu d’approche », selon ses termes. Si le tracé du dessin s’est imposé à lui depuis les années 90 comme la limite qui relie et sépare à la fois son corps de ce qui se dessine alors sous ses yeux, c’est à partir de 2009-2010, avec ses premières interventions vidéo dans l’espace (To Pass, Nourrir le trait et Borderline) qu’est devenue évidente pour lui l’idée qu’il y avait une relation réelle de son corps à mettre en jeu avec l’image de celui-ci, qu’il confrontait avec le geste même de tracer (« Tracer ou tracasser », aime-t-il ajouter). Bref, il aime jouer du trompe-l’œil, tromper les sens ou détromper les attentes; un trait semblant, de loin, un aplat, est en fait un papier découpé en relief; ce qui paraît se limiter à deux dimensions (ou dans le cadre strict de la représentation) se déploie en fait dans une troisième; un titre ambigu révèle le double sens possible d’une proposition, d’une intervention. Le travail de Benoît Félix se déploie dans l'espace imaginaire ténu où l'image, parce qu'on la touche, devient un objet. Si ses dessins sont nés de la première trace de contact venant marquer de son trait une feuille de papier, il s'est ensuite efforcé de développer les conséquences de cet acte, jusqu'à vouloir saisir cet acte même, perdant le dessin dans l'aventure, et se retrouvant avec, en mains, des peaux réelles d'images ou de peintures. Ses vidéos, ses installations ou ses installations vidéo mettent dès lors en jeu cet espace triangulaire, dessiné par les frontières entre le réel (corps, objet, espace), l'image et le (ou les) sens.

Une fois ce geste assumé, c’est la relation du corps avec son image projetée qu’ont mise en acte ses installations vidéo « performables » plus récentes (Courir contre l’image, Running after the other side, Courir après). L’humour, le goût du détournement, un didactisme absurde, et une volonté de conduire une démonstration logique jusqu’au point où elle se retournerait contre elle-même, donnent le ton de ce versant du travail de Benoît Felix. Démarche que l’artiste, ces derniers temps, a envisagé de placer dans certains contextes plus « engagés » (sur le thème des migrations ou des sans-papiers, par exemple), en veillant toutefois à ne pas mêler, ou plaquer l’une sur l’autre, dimensions plastiques et intentions politiques. 

 

Jean-Pierre Husquinet 

Passionné de musique et musicien à ses heures, Jean-Pierre Husquinet (Ougrée, 1957) a mis au point, à la fin des années 80, un système qui relie musique et peinture ainsi qu’une utilisation des cordes qui l’ont conduit à s'intéresser aux nœuds: lieux où se croisent et se chevauchent ses cordes/partitions, « forme de labyrinthe à travers lequel il faut chercher son chemin, comme la partition musicale est aussi un cheminement ». Devenu membre de la Guilde internationale des faiseurs de nœuds, l'artiste exploite de nouvelles formulations plastiques, de nouvelles possibilités d'agencement pour ses cordes, qui accroissent la présence sculpturale de ses  œuvres. Ouvert (le vide) ou fermé (le plein), le nœud est ainsi chez lui matrice de toutes choses, renvoyant au temps immuable par le geste répétitif nécessaire à sa construction.

« En ce sens, (son) travail s’éloigne de l’immédiateté des happenings et performance contemporaine pour se plonger dans une lente progression temporelle qui n’est pas sans relations avec une forme d’artisanat que le plasticien ne renie d’ailleurs aucunement. C’est ainsi qu’il déclarait récemment : ‘Les voyages sont vecteur de découvertes  et j’aime à penser que tout comme dans un voyage, (nous parlons ici bien sûr d’un voyage à l’aventure), un parcours artistique est souvent un long parcours où l’on se dirige vers l’inconnu, dans des territoires qui procurent souvent des surprises, des haltes, des contentements, des doutes, des plaisirs, de l’angoisse, et bien sûr des erreurs de parcours,… Le chemin sur lequel nous avançons n’est que rarement une ligne droite parfaite.’ De la corde au nœud, de l’entrelacs au croisement du voyage, l’arpenteur n’en finit donc jamais de chercher et de se chercher. Et bien sûr, la découverte de l’autre n’est-elle pas aussi la découverte de soi-même ? » (D’après: site des « Arts plastiques » de la Fédération Wallonie-Bruxelles). 

Dans ses développements plus récents, apparentés au dessin vectoriel, Husquinet renoue (c’est le cas de le dire), dans un style moins fourni et baroque que ses totems et installations, avec une conception de l’entrelacs et de la géométrie qui semble emprunter tout autant à la science des logarithmes, qu’au savoir-faire des tisseurs ancestraux, traditionnels…

 

Matthieu Litt 

Matthieu Litt vit et travaille à Liège; il a étudié la photographie après des études de graphisme à l’Ecole supérieure des Arts Saint-Luc. Sensible aux teintes et à la luminosité, apportant un soin particulier au cadrage, il prélève lors de ses voyages ou résidences des fragments de réalité qui, sortis de leur contexte, se prêtent à de nouvelles associations, à des trajets moins documentaires qu’imaginaires, à une relecture poétique et intemporelle, aux confins de l’ambiguïté, de l’exotisme, d’une imperceptible forme d’écart. 

« Horsehead Nebula », sa série précédente, ramenée de deux voyages en Asie, sans légendes ni indications sur les lieux, conjuguait déjà réalité et fiction — sous la forme rêveuse d’une nébuleuse ou d’une galaxie, d’un ailleurs qu’il traduit dans ses images en termes d’associations libres ou de subtiles interventions graphiques. 

Plus récent et en apparence plus ciblé, le projet « Tidal Horizon » présente une sélection d’images prises lors d’une récente résidence d’artiste en Norvège. Au cœur de ce travail, le mouvement perpétuel du phénomène universel des marées amène le photographe à s’interroger sur le dialogue entre l’Homme et la Nature, et le plonge dans une réflexion plus large autour de la notion de ‘Sublime’. Un livre, aux éditions du Caïd, et une exposition organisée par la Société libre d’Emulation au théâtre de Liège, ont donné forme concrète à cette expérience contemplative singulière à la lisière des eaux, des terres et des cieux septentrionaux… Son sens de l’espace et de la lumière — ou pour le dire autrement, du miroitement de l’image — font de lui un des photographes les plus passionnants de sa génération, à distance égale d’une approche plasticienne, d’une démarche documentaire, et d’une poésie proprement graphique.

 

Emilio Lopez-Mechero 

À la fois peintre (formidable et trop méconnu), dessinateur, photographe, vidéaste, performer, « installateur », sculpteur et artiste sonore, Emilio Lopez-Menchero n'a de cesse de décortiquer les codes et les diktats de notre société: « du microcosme au macrocosme, il se confronte tour à tour avec tous les symboles : foires d'art contemporain, icônes, monuments, hymnes et frontières » (Julie Hanique) . 

Protéiforme et iconoclaste, passionnante et insaisissable, son œuvre et son propos semblent culminer dans la série de photographies et vidéo-performances « Trying to be », initiée dès 2003, où il tente d'incarner des personnages mythiques, de pasticher des icônes médiatiques, artistiques ou populaires bien ancrée dans l’inconscient collectif: dans ces autoportraits on le retrouve ainsi en Pablo Picasso ou Frida Kahlo, Fernand Léger ou Rrose Sélavy (alias Marcel Duchamp), Carlos (pas le chanteur!) ou Che Guevara, Arafat, Balzac ou les Beatles, tour à tour. Autant d’incarnations qui évoquent de biais, intelligemment, des questions tant artistiques que politiques ou sociétales. Car Emilio Lopez-Menchero cherche moins à ressembler qu’à « essayer d’être… », comme le sous-entend le titre de la série: il s’agit bien pour lui de travailler à partir de son propre corps, de la transformation réelle de celui-ci (plutôt que de se contenter de se déguiser en personnages connus, comme dans une série récente réalisée par John Malkovich, ou de se satisfaire des trucages sans profondeur si facilement mis à disposition par la technologie moderne). Est-ce le regard, les accessoires qui font de ces portraits une telle réussite ? la grâce d’une expression ou d’une pose bien ajustée?… Cette série « Trying to be… », propre à marquer les d’esprits, riche de signes culturels et d’infimes détournements, concentre tous les aspects du travail de l’artiste : performance, installation, références picturales et surtout, recherche sur le corps et la notion d’identité; mais par-delà, elle nous questionne sur les « célébrités » du monde où nous vivons, sur le regard que nous portons sur elles, et sur la multiplicité des personnages que, nous-mêmes, consciemment ou non, volontiers ou non, nous portons en germes, haïssons, vénérons, nourrissons.

 

Tanja Mosblech 

Née le 20 janvier 1970 à Cologne, installée en Belgique depuis les années 70, Tanja Mosblech vit et travaille à présent du côté d’Eupen. Elle a poursuivi un cursus en arts plastiques (Saint-Luc à Liège en 1988-91, où elle s'est familiarisée avec la peinture et l’art textile, et Institut Bischoffsheim de Bruxelles). Depuis 2003, elle enseigne la peinture et mène de front divers projets artistiques, animation d’ateliers, résidences d'artistes… Elle a donné des stages pour adultes et enfants pour les ateliers d'Art contemporain à Liège (2004-2005), des cours privés à titre indépendant et des ateliers à Eupen (notamment pour Chudoscnik Sunergia / Sommerwerkstatt). 

Présent notamment dans les collections de l’IKOB, dans les collections de la Communauté germanophone de l'est de la Belgique et de la Région wallonne, son travail combine le plus souvent peintures, dessins, photographies installations, au service de narrations « au féminin »: récits élaborés au départ d’objets le plus souvent personnels (journal, albums de poésie, vieilles photos, vêtements…). Univers tantôt intimes, mêlant souvenirs, choses vues, touches fictionnelles; tantôt à vocation plus universelle: réflexion sur la mémoire, l’identité de la femme, le rapport au corps. 

« Des bouts de nature et des fragments de corps semblent flotter dans d’étranges limbes. Tanja Mosblech montre des images de femmes, des images de vêtements et de nature dans ses peintures ainsi que dans ses propres photographies ou dans des photographies trouvées en partie retravaillées et dans des vêtements brodés, le tout pouvant se combiner à l’envi… L’œuvre de Tanja Mosblech apparaît comme une pièce de puzzle isolée, un fragment d’image échappé, un champ de lumière délavé, une zone de couleur où la nature et l’homme habitent des horizons oscillants, des centres en retrait, des surfaces entrelacées et chevauchantes… » (Dirk Tölke) 

 

Dani Tambour 

Depuis une vingtaine d’années, Dani Tambour travaille sur le thème du grenier (« greniers de grand-mères où l’on entre sur la pointe des pieds, en cachette, sans faire de bruit pour ne pas être pris en flagrant délit de curiosité »)… Grenier réel ou imaginaire, qui est aussi celui des souvenirs scellés ou ambigus, des objets fascinants ou mystérieux, des symboles réinterprétables, des ustensiles qui permettront tantôt de se raconter des histoires, tantôt de se forger une mémoire, tantôt d’essayer de réparer des dégâts, de pallier des absences, de recoudre des blessures. « Depuis longtemps cette brodeuse transforme sa blessure en lumière. Elle ourle les béances que fait la mort dans la trame de la vie. Peut-être moins pour les refermer que pour préserver le fil entre vivants et absents ; pour rendre signifiante la porosité de la frontière entre eux ; nous rappeler que la mort est part intime de la vie. ‘Je suis tournée vers le passé’ dit-elle. Ce n’est pas que nostalgie. Du grenier symbolique qu’elle s’invente en brodant – enfant, elle a été privée de cette mine de mémoire familiale – elle fait un lieu à soi ; le contenant, à la fois interne et externe, où s’ordonnent comme des reposoirs des fragments de mémoire arrachés à l’oubli, qu’elle affronte et recrée, incarne. Elle y consigne aussi des éclats de présent, quand elle brode la trace de nos mains vivantes qu’elle transfère ainsi au domaine des reliques. » (Sylvie Canonne). 

Dani Tambour n’a jamais eu de grenier ; en Afrique où elle a passé les premières années de sa vie, elle n’avait pas de grenier. De retour en Belgique, elle a habité une maison avec un grand grenier vide (« sans trésors du passé »)… Elle vit, d’ailleurs, toujours dans une maison sans grenier ! Mais c’est dans une réserve universelle qu’elle puise; dans une générosité sans fin. Le souci (de l’objet, du détail, de soi, de l’autre); la tendre application à réparer le vivant et à garder le lien avec ce qui est (ou ceux sui sont) mort(s); la résilience et la patience, la résistance et la réparation — tout dans le travail de Dani Tambour finit, par un biais ou l’autre ou comme par le chas d’une aiguille, à viser juste, et à parler d’égal à égal avec nos propres propres obsessions, nos si humaines fragilités.

 

Bruno Vande Graaf 

« … Le coup d'œil est rapide, exercé à isoler les indices qui font sens et cerner les périmètres picturaux où la vie se réinvente dans les marges, les décors passés. Des morceaux du réel extirpés de leur banalité et propulsés dans leur puissante naïveté (ou native puissance). Avec la volupté du vertige qui retire le sang des choses quand elles coïncident avec le saisissement de leur sens caché. Ces regards décalés sur le hors-champ morcelé, chair effrayée du vide, ces images morcelées d'une même énigme infinie et essentielle, renouvellent l'excitation narrative, le désir questionner "qu'est-ce qui se passe", là, dans la scène et dans la peinture. » (Pierre Hemptinne) 

Peu connue encore du grand public, la série « J'habite une ville fantôme… » du peintre montois Bruno Vande Graaf parcourt nos environnements urbains, essentiellement dans le Borinage, et interroge la maison et l’architecture des quartiers, l’aménagement du paysage: apparitions et disparitions géométriques et humaines dans le décor de nos vies, entre poésie du banal et âme cachée des bâtiments. « Une maison, un commerce, une rue, un quartier… déserts. A qui la faute ? La crise économique, nos changements d’habitudes, de manières de consommer… Je n’en sais trop rien. Il s’en dégage néanmoins une certaine beauté mélancolique. Errances du silence… témoignages, souvenirs, traces, joies et peines… résumés de vies passées. »

Les motifs et atmosphères; la palette désaturée utilisée par l’artiste; les formes géométriques cernées par un trait léger; les grands aplats de couleurs renforçant l’aspect lisse de la surface; les lumières blafardes et paradoxales… tout cela n’est pas sans évoquer les caractéristiques stylistiques d’un Edward Hopper. Ces « espaces inutiles et sans propriétés », cette « poétique des ruines » et d’une architecture qui évoque le souvenir d’histoires passées, amènent à des développements imaginaires, mais contribuent aussi à mettre en miroir sociétés actuelle et future…

 

Romain Van Wissen 

Combinant réalisme et abstraction à des décors mobiles du Pop Art, Romain Van Wissen compte actuellement parmi les artistes les plus prisés de l’est du pays, voire de la Wallonie. Ses peintures riches en couleurs puisent leur force audacieuse dans des thèmes empruntés à l’histoire de l’art et à la culture populaire. Aussi, à travers un langage visuel singulier qu’il a élaboré au fil des années, Van Wissen fait résolument contraster, avec un sens aigu du montage dans l’espace et du collage visuel, des couleurs calmes avec du néon vif, et des paysages réalistes avec des surfaces colorées abstraites. Né à Eupen en 1965, Van Wissen est peintre, graveur, sculpteur, adepte du « mixed media ». Après une formation en peinture, cet ancien étudiant de l’Académie des Beaux-arts de Verviers, s’ouvre par la suite à de nombreuses techniques, dont la gravure et la sculpture. « Et c’est sans doute dans l’absence de frontière entre les disciplines que Romain Van Wissen a trouvé, à l’aube de la quarantaine, les moyens d’une maturité en constante recherche. » (Albert Moxhet) Membre, tout un temps, du collectif « La nouvelle poupée d’encre », il associe volontiers, à la peinture et à la gravure, la troisième dimension et des découpes qui ouvrent sur de nouvelles perspectives. Il a récemment été promu ambassadeur de la Communauté germanophone de Belgique (« Künstler der DG », titre qu’il portera jusqu’en 2018). Avec « Who is in the House », l’IKOB lui proposait en 2017 sa première exposition solo de grande ampleur. 

Tantôt abstrait, tantôt figuratif, son champ artistique se compose de paysages hyperréalistes, naturels ou urbains… de l’apparente banalité de ces horizons déserts se dégage un sentiment de solitude; l’homme semble absent, mais un œil attentif en percevra l’empreinte. Les traits fluo acidulés rompent l’immobilité de la scène et confèrent à l’ensemble son rythme et son étrangeté. « La superposition, sans état d’âme pour la belle trace, de couches successives d’empreintes de couleurs et de consistance différentes finit par donner une structure rythmique propre et  autonome, ce qui implique une part d’incertitude », précise l’artiste. 

Romain Van Wissen superpose les strates jusqu’à nous immerger dans une vision tranquille ou troublée, souvent évanescente. Traçant une voie propre, il évite les assemblages thématiques autant que les combinaisons surréalistes ou symboliques trop attendues. Si ses œuvres plus anciennes « suggéraient par le biais d’espaces chromatiques en alignements et ouvertures une certaine profondeur », les travaux plus récents, depuis 2015, apparaissent plutôt « marqués par des paysages avec perspective fuyante; d’autres fois avec une dimension scénique, tel un manège, sur fond d’horizons décalés; (…) ils combinent de manière encore plus libre, presque flottante, la mise en contraste entre représentation de paysages et formes artificielles, entre couleur de fond en aplat et éclat fluo industriel à l’avant-plan. Ce sont des espaces picturaux à sens multiples. » (Dirk Tölke) 

 

 

 

 

 

 

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  • Du samedi 5 mai 2018 14:00 au dimanche 3 juin 2018 18:00

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